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Ma mère ne veut rien faire

Email en pied de message
Décembre 2009

Bonjour,
Je viens de lire de nombreux témoignages et conseils mais je nai retrouvée ma situation dans aucun deux. Certainement parce que lon a tous une histoire différente et que chaque cas est unique. Jespère malgré tout pouvoir avoir des réponses à mes questions. La diffusion de cet email ne me gêne pas du tout.
Avant de vous raconter mon histoire, je vous remercie d'être là et de me permettre de me délivrer de cette façon.
J'ai 22 ans et je suis la fille d'une femme violée à plusieurs reprises et de plusieurs façons toujours par le même homme. Cet homme est toujours vivant, je sais où il habite: dans le même village que mes parents. Ma mère a 43 ans et d'après la loi, il y a prescription pour qu'elle entame une procédure judiciaire. J'ai besoin de savoir ce que je peux faire actuellement car je ne supporte plus cette situation.
J'ai appris à l'âge de 10 ans environ les viols de ma mère. C'est elle qui me les a racontées. Avant mes 10 ans je n'ai aucun souvenir d'en avoir entendu parler. Un soir, j'ai entendu du bruit dans la cuisine alors je suis allée voir et je n'ai pas compris pourquoi ma mère était en train de boire à la bouteille, une bouteille d'alcool. Son père et son frère étant alcooliques, j'en ai conclu que elle aussi alors j'en ai parlé à ma grand mère qui m'a dit de vérifier les bouteilles en faisant des marques. Voyant que ça continuait, ma grand mère lui en a parlé mais ma mère s'est fâchée et m'en a voulue de l'avoir "trahie". Déjà que je ne voulais pas en parler à mon père de peur qu'il la quitte, à partir de ce moment là, j'ai toujours fait en sorte que personne ne s'en aperçoive. Les soirs où elle était soule, je restais avec elle et j'attendais qu'elle soit dans un état comateux pour aller la coucher. Pendant ce temps là, elle me racontait ses viols subis par un homme que je voyais régulièrement dans notre village. Ca me surprenais parce qu'elle n'avait pas besoin de boire beaucoup pour être ivre, du genre un verre et des fois seulement quelques gorgées. Même encore maintenant je ne comprends pas. Les années ont passées avec des moments de "blanc" c'est à dire que c'était seulement par épisode ou alors j'ai commencé à faire ma vie et du coup je me préoccupais moins de ce qu'elle faisait. Il y a eu juste un soir où mon père est venu me réveiller parce que ma mère avait vomie en dormant et sentait très fort l'alcool, je devais avoir 16 ans. Il ne comprenait pas ce qui se passait alors je lui est tout expliqué. Il était très en colère après moi. Le lendemain il en a parlé à ma mère, je me suis dit qu'elle allait enfin se faire soigner mais non, rien. Ca a continué: ma mère buvait et me racontait tout le temps les mêmes choses, mon père ignorait et moi je restais. Ca a toujours été normal pour moi d'être là pour ma mère, que les rôles soient inversés. Je réussissais très bien à faire ma vie en dehors. La preuve c'est que aujourd'hui je suis mariée depuis plus d'un an avec quelqu'un de merveilleux qui justement m'aide beaucoup avec cette histoire. Mais c'est justement depuis que je suis partie de chez moi donc il y a un an et demi que tout a explosé chez moi enfin chez mes parents. J'ai une soeur de 17 ans et un frère de 12 ans qui vivent toujours avec mes parents. Peu avant que je quitte la maison, ma mère est allée chez un psychiatre et a tout raconté, j'étais vraiment soulagée qu'elle est fait cette démarche surtout qu'elle l'a fait sans nous le dire. Mais les choses n'ont pas si bien tournées. Les séances chez la psy la cassait complètement, elle était en larmes, il y avait des choses qu'elle avait oubliées qui lui revenait, les médicaments la mettait dans un état second. Elle est rentrée en clinique pendant un mois l'hiver dernier. Apparemment ça lui a fait beaucoup de bien. Le médecin lui a expliqué qu'elle n'avait pas de problèmes avec l'alcool. Il lui a dit aussi que c'était des viols qu'elle avait subie et non des attouchements. Maman n'a jamais voulu entreprendre de démarches judiciaires contre lui sous prétexte qu'il y a prescription, je déteste ce mot, comme si les années annulaient le crime. Cet homme vit dans le même village que mes parents, il était un ami de mes grands parents. Peu avant de rentrer en clinique, ma mère a voulu expliquer à ses parents ce qu'il s'était passé: de l'âge de 3 ans à ses 11 ans, il a abusé d'elle.  Ma grand mère a donc appeler cet "ami" pour lui dire qu'ils étaient au courant. Il est tombé de très haut, il n'a pas avoué de façon directe mais n'a pas nié. Il leur a demandé de lui dire pardon et il a dit qu'il était surpris qu'elle s'en rappelle après tant d'années. J'ai très mal de vous raconter tout ça car je le déteste et il banalise tellement ce qu'il a fait.... En sortant de la clinique, ma mère a écrit à sa femme parce qu'elle trouvait normal qu'elle soit au courant de ce qu'il a pu faire surtout qu'ils ont une fille du même âge que ma mère et aurait donc pu en être aussi victime. C'est ma grand mère qui est allée donner la lettre en main propre, elle l'a lu et n'a pas réagi à part dire 'oui et alors?'. Je trouve ça bizarre quand même, quelqu'un vient chez moi et accuse mon mari de viols, je me défenderai et elle non. Aujourd'hui ma mère est très mal, elle a changé de psychiatre, de médicaments. Elle passe son temps à dormir et quand elle est réveillée, elle est dans un état comateux. Elle ne parle que de ça, elle ne veut pas déménagé, ni porter plainte, elle ne veut pas les voir, elle ne veut rien faire mais du coup ne vit plus. La situation est horrible: ma mère ne vit plus, mon père n'a plus de vie avec elle puisqu'elle le rejette, il souffre et ne sait pas quoi faire, mon frère et ma soeur subissent tout ça... Hier soir, j'en parlais encore avec ma soeur, et on se disait qu'il fallait vraiment faire quelque chose puisqu'il ne se passe rien à part que ça empire. Ma mère ne veut pas porter plainte. Mais nous?? Qu'est ce qu'on peut faire juridiquement? Je veux qu'il soit puni. Sa femme aussi. Son mari a été un gros pervers et elle agit comme si elle l'avait toujours su. Je ne veux pas d'aide psychologique. Je veux savoir comment faire pour qu'il paye. Je répondrais à toutes vos questions si besoin. Ma mère ne veut rien faire parce que apparemment sa parole ne vaut rien. Mais je ne veux pas en rester là. Est ce qu'on peut l'accuser de quelque chose et surtout qu'il soit puni?? Merci de m'avoir lu et merci de me répondre !
Hope hope1966@live.fr

Bonjour,
Juridiquement, il n'est plus possible de porter plainte puisque comme vous le savez, il y a prescription mais, même s'il n'y avait pas prescription, vous n'auriez pas pu porter plainte à la place de votre mère, ni à la place de votre grand-mère.
Votre témoignage est dramatique non seulement parce qu'il met en évidence comment des abus sexuels durant l'enfance peuvent constituer un traumatisme qui, tel un abcès non soigné, peut évoluer à bas bruit et soudain se propager à l'ensemble de la personne, "contaminant" même sa famille, mais aussi parce qu'il met en scène une manipulation plus ou moins volontaire, plus ou moins inconsciente, des parents par rapport à leurs enfants.
Vous ne le dites pas, vous ne vous en plaignez pas, sans doute par amour pour vos parents, peut-être par crainte de votre propre ressenti mais vous en êtes consciente ("cela a toujours été normal pour moi d'être là pour ma mère, que les rôles soient inversés") : votre père a laissé néanmoins se tisser entre votre mère et vous un lien qui n'était pas "normal" justement, vous a laissé une responsabilité qui aurait dû être la sienne (s'occuper de sa femme) et le fait qu'il semble (à plusieurs reprises) ne s'être aperçu de rien ne plaide pas en sa faveur.
Je ne vais pas faire ici le procès de vos parents et grands-parents ; ce serait hors de propos et inutilement douloureux.
Cependant, je vous incite à renoncer à pallier aux insuffisances de vos ainés lesquels, au lieu de porter plainte quand cela était encore possible (et c'était possible peut-être jusqu'aux trente-huit ans de votre mère) ont préféré "approcher" (on ne peut pas dire "traiter") la question en "interne".
* Si le viol a été commis alors que la victime était mineure au moment des faits, la prescription se compte à partir de la majorité de celle-ci et elle a été portée à vingt ans par la loi nº 2004-204 du 9 mars 2004 (elle était auparavant de 10 ans) : la victime peut donc dans ce cas porter plainte jusqu'à l'âge de 38 ans (attention, le viol ne doit pas avoir été prescrit avant la loi de 2004 pour bénéficier du nouveau régime de prescription : la victime doit donc être née après mars 1976).
Pour une raison ou une autre, votre grand-mère, votre grand-père et votre mère n'ont pas voulu porter plainte et ce n'est pas tout à fait à cause de la prescription.
Vous n'avez pas à supporter le poids de leurs silences et vous devez cesser d'envisager d'agir à la place de vos parents et grands-parents, en les invitant justement à reprendre leurs places dans la lignée familiale afin au moins que vos frère et soeur ne subissent pas ce que vous-même avez subi.
Votre mère a retourné la haine qu'elle aurait pu (et qu'elle a dû) ressentir à l'égard de son agresseur contre elle-même en se détruisant par l'alcool : vous ne pouvez pas prendre en charge cette haine non exprimée par votre mère, non "soutenue"et "orientée" par la maman et le père de votre mère car vous êtes l'enfant et ne pouvez pas venger votre mère pour survivre à sa mort psychique.
Car c'est bien de cela dont il s'agit : la "mort" psychique de votre maman vous est intolérable (et c'est normal) ; aussi, pour sortir de cette pétrification, vous voulez dire ce que votre mère refoule ce que votre grand-mère a refoulé : ce n'est pas possible, ce n'est pas souhaitable car en agissant à la place de votre maman (si vous en aviez la possibilité), vous la priveriez encore de son "moi".
Par contre, à défaut de "venger"votre mère, vous devez apprendre à vivre, à survivre, en dépit des souffrances de votre maman (qui elle devrait continuer à consulter), parvenir à vous dissocier de cette maman en détresse.
Je ne vous dis pas de l'abandonner mais de comprendre et d'admettre vos limites.
Désolée de vous paraître "dure" peut-être...

Cordialement,
Chantal POIGN
ANT
Conseil

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